jeudi 27 juillet 2017








L' HALEINE DE LA TERRE






Aldo Balmonte








Nuits des hommes
Terre gonflée jusqu'à l'étoile
 de tout le souffle humain
Flux et reflux des galaxies au feu central.
Hommes incessamment brûlés
que consume le feu des jours.
L'ardeur sourde des nuits...

La rivière et le fleuve s'épanchent en la mer
 et se fondent en elle
et le sang de l'homme vient s'y perdre.
Coraux de notre race au sein des perles océanes
et des parures de coquillages.
Caresses de l'onde amère sur les corps plus légers,
caresse de l'algue
ondulant sous on ne sait quel souffle invisible.
Baiser de la faune marine,
murmures de silence liquide,
Ô profondeur apaisante après l'ascension brûlante!

Flux et reflux de l'être
Poussière infime sur le vermeil d'une planète
mais qui fait la plage blonde et chaude
et douce à la prunelle.
Grains de sable.
Graines d'hommes.
Lave de soleil et coulée de miel
Ruissellement sans fin...




 Anne Dupin,  
 janvier 1965.


lu à la cérémonie d'adieu à mon jeune frère Laurent
décédé accidentellement le 10 juin 2017















mercredi 17 mai 2017









FATUM
 
 
 
 
 
Pablo Picasso
 
 
 
 
 
 
Je ne sais d'où je viens ni où je vais
Je ne connais pas 
Ce corps formé de boue et d'étoiles
Cet esprit qui rêve au lieu de penser
 
 
 
Jacquette Reboul
"Raison ardente"
(extrait)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

samedi 13 mai 2017










JOURS PÉTRIFIÉS






Léo Vinh






Les yeux bandés les mains tremblantes
trompé par le bruit de mes pas
qui porte partout mon silence
perdant la trace de mes jours
si je m'attends où me dépasse
toujours je me retrouve là 
comme la pierre sous le ciel.




Jean Tardieu
"Jours pétrifiés"
(extrait)










mardi 9 mai 2017






LA TRAVERSÉE DU HASARD




V.   Van  Gogh





Ce n'est pas un hasard mon désert
seulement des pas entre les mots
le vent y dessine la mer
comme un songe à sa propre recherche
résonnant du silence
d'une peau tendue sous les doigts d'aube
d'une espérance ensevelie
dans le chaos du verbe 





Shg  2017






 

mercredi 26 avril 2017









Au bas-fond






Egon Schiele     (autoportrait)






Vierge et fière sur la lande animée
Elle tamise l'argent des branches
Elle sèche les roseaux qui chantent
Sous les voûtes des ponts tournants
Elle coupe court aux bruits qui mentent
Elle tresse les nattes du vent
Elle tisse la nuit qui l'enroule
Elle émiette le pain noir
Elle étanche le sang qui coule
Sur la piste étoilée des larmes défendues

Et maintenant ombre détruite
Jetée dans les rafales du courant
Pécheur mort au ressac de la fuite
Allons plus loin plus personne n'écoute
Allons au fond des gouffres du remord
Les pieds rivés au sol 
La main tendue à l'ancre
Et l'encre des esprits
Résine sans couleur
Sur la pente du front que ride ton sourire
Au fond des yeux sans ciel
Préface de la mort






Pierre Reverdy
"Le chant des morts"
(extrait)
 

mardi 11 avril 2017








Le Roman inachevé






Egon   Schiele







Quoi, je me suis trompé cent mille fois de route
Vous chantez les vertus négatives du doute
Vous vantez les chemins que la prudence suit
Et bien donc j'ai perdu ma vie et mes chaussures
Je suis dans le fossé je compte mes blessures
Je n'arriverai pas au bout de la nuit

Qu'importe si la nuit à la fin se déchire
Et si l'aube en surgit qui la verra blanchir
Au plus noir du malheur j'entends le coq chanter
Je porte la victoire au cœur de mon désastre
Auriez-vous crevé les yeux de tous les astres
Je porte le soleil dans mon obscurité





Aragon
"La nuit de Moscou"
(extrait)








vendredi 31 mars 2017








L' été de nuit
 
 
 
 
 
 
Bernardo Torrens
 
 
 
 
 
 
 
Eaux du dormeur, arbres d'absence, heures sans rives,
Dans votre éternité une nuit va finir.
Comment nommerons-nous cet autre jour, mon âme,
Ce plus bas rougeoiement mêlé de sable noir ?
 
Dans les eaux du dormeur les lumières se troublent.
Un langage se fait, qui partage le clair
Buissonnement d'étoiles dans l'écume.
Et c'est presque l'éveil, déjà le souvenir.
 
 
 
 
 
Yves Bonnefoy
"l'été de nuit"
(extrait)